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Adieu mademoiselle!

La France se prépare à enlever le terme ‘mademoiselle’, le nom d’épouse et le nom de jeune fille des formulaires administratifs. Pas de quoi s’émouvoir vous me direz de cette mesurette plus symbolique qu’autre chose. Ridicule, me direz-vous par rapport aux violences faites aux femmes ou autres inégalités bien plus graves. Et encore, dans la vie de tous les jours, cette distinction n’est plus d’application, rétorqueront d’autres.

Et bien, moi je m’en réjouis. Si cela avait été aussi anodin, cette distinction n’aurait même jamais existé. Et oui quoiqu’on dise, distinguer les femmes selon  leur statut matrimoniale, donc lié à celui d’un homme, c’est pas terrible pour l’égalité des genres. Ce n’est pas pour rien si les hommes ne changent pas de statut quand ils se marient non ? Le terme « mademoiselle » n’est même pas une obligation légale et est surtout une question d’usage. Qui n’a pas eu de coup de fil ou qui n’a pas été contactée sous le nom de son conjoint ? Madame Z., femme de monsieur Z .? Bon déjà que nous portons le nom de notre père et pas de notre mère, nous allons pas en plus porter le nom de notre conjoint ? L’identité d’une femme est bien éphèmère, comme des soupirs dans l’histoire généalogique.

Un combat d’arrière-garde ? De féministes avec des poils sur le menton qui ne s’épilent pas et ne portent pas de soutien-gorges ? De femmes qui n’acceptent pas leur féminité ? Ah, si les femmes sont si belles, n’est-ce pas parce qu’elles ont été parées par les hommes ?

Le féminisme fait souvent référence aux mouvements des années 60 revendiquant les mêmes droits pour les femmes que les hommes. N’est-ce pas étonnant que  la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes  n’est apparue qu’en 1979? Et cela malgré le rêve d’universalisme des Lumières ? Ou encore que les femmes belges n’ont pu voter qu’après la seconde guerre mondiale ?

En réalité, la cause féministe était défendue depuis belle lurette avec par exemple, Olympe de Gouges qui publie en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenneou encore, Condorcet qui revendique le droit de vote pour les femmes sur base des droits naturels (inhérents à la nature humaine) qui ont inspiré la lutte contre l’esclavage et le despotisme. En 1792, l’anglaise Mary Wollstonecraft fait paraître « Vindication of the Rights of Woman », traduit en français par la « Défense du droit des femmes », assimilant le mariage à de la prostitution. Ce que fera plus tard aussi  Claire Démar  dans son livre publié en 1833, Appel au peuple sur l’affranchissement de la femme.

Plus tard, les journaux comme  La Femme Libre et La Tribune des femmes paraissent en 1832 ; Le Conseiller des femmes, édité à Lyon par Eugénie Niboye ; La Politique des Femmes de Désirée Gay et L’Opinion des femmes en 1849 par Jeanne Deroin. Ces derniers sont créés pour porter les revendications féminines n’ayant pas de relais dans la presse existante. A la même époque, Louise Aston ou Louise Dittmar tentent de lancer en Allemagne les premiers journaux dédiés à la cause des femmes. Selon wikipedia, un mouvement similaire existait aux Etats Unis soutenu par les Quakers aboutissant en 1848 à la  Convention de Seneca Falls, organisée par les soeurs Stantot et Mott, dont le texte final est traditionnellement considérée comme l’acte fondateur du féminisme américain. Et en Angleterre, les suffragettes n’ont-elles pas été présentes dans les rues au début du XXième siècle ?

En fouillant dans mes souvenirs, je pense que mon première contact avec la cause féministe est d’ailleurs celle des suffragettes, et oui dans le film My Fair Lady avec Audrey Hepburn. Un comble me direz-vous pour un film hollywoodien où le professeur Pygmalion finit par séduire celle qu’il a créée – du genre pas trop féministe comme thème. Comme quoi, chacun voit ce qu’il peut voir, même enfant -dans les films culcul-la-praline. Pour moi, une féministe sera toujours une suffragette en chapeau, longue jupe et petits bottillons.

Revenons à nos moutons. Plus tard, d’autres féminismes apparaîtront comme les féminismes dits « féminisme maternaliste » ou « social » et un « féminisme de l’égalité », universaliste ou « intégral ». Avec d’un côté, la sacralisation de la femme dans son rôle de mère et qui doit être protégée en tant que telle après la première guerre mondiale , et de l’autre, la défense de l’avortement et de la contraception au nom d’une égalité des genres.

C’est surtout dans les années 60 que la cause féministe sera théorisée et sujet d’étude avec Antoinette Fouque et Simone de Beauvoir qui insistent sur la construction sociale de la femme au détriment des réalités féminines dans un système de patriarcat. Toute discipline est alors susceptible d’être étudiée sous l’angle féministe : philosophie féministeanthropologie féministehistoire des femmes, et  critique de la psychanalyse.

Actuellement, en plus des revendications classiques d’égalité entre les genres, le droit humanitaire qui vise à limiter les effets des conflits armés, débat sur les crimes propres aux femmes en temps de guerre. Les femmes sont considérées comme faisant partie de l’humanité et qui peuvent être sujettes à des discriminations à cause de leur genre au même titre que les croyances philosophiques, politiques ou l’origine ethnique et territoriale. La violence faite aux femmes est une violence faite à l’humanité.

Alors quoi, si anodin que cela le ‘madame’ et le ‘mademoiselle’ ? Si dans l’usage, une telle différenciation existe encore, comment alors faire évoluer les mentalités vers plus d’égalité ? La question est évidemment ce que nous appelons par égalité.  Je ne pense pas que les ‘féministes maternalistes’ de l’entre-deux-guerres s’entendent à ce sujet avec les militantes des années 60. Et c’est là que se glisse les critiques du féminisme. Pouvons-nous dire que les femmes qui revendiquent le même mode de vie que les hommes demandent une égalité ? L’égalité est-il le mode de vie masculin qui se généralise ? C’est ce que décrit Bourdieu dans sa théorie du dominés et des dominants, où les premiers pour faire partie des seconds singeront les comportements valorisés qui de toute façon seront déclassés par les dominants qui construiront ensuite de nouveaux comportements qui feront la différence ? N’est-ce pas plus respectueux de respecter la nature maternelle, intuitive, organisationnelle etc. des femmes?

hum oui. Le féminisme n’existe pas comme un mouvement uniforme, c’est clair maintenant. Les femmes existent  dominantes, dominées, discriminantes, discriminées, féministes et masculinistes qui sait, jaunes, chauves, extra-terrestres … enfin on s’en fout complètement. Juste que s’il faut des distinctions  entre les genres, elles doivent être le reflet des réalités pour être juste : une femme avec un chien est-elle une madame ou une demoiselle ? Une femme avec des gros  seins est-elle plus femme qu’une autre ? Une femme sans enfant est-elle vraiment femme ? Une femme vivant avec une autre femme n’est-elle pas un homme ? Un homme qui aime danser n’est-il pas une femme ? Un homme peut-il être hystérique ? Une femme peut-elle aimer jouer avec des soldats de plomb ?

Bref, c’est juste de la folie, alors soyons simples et pour notre santé mentale à tous, arrêtons de faire des distinctions basée sur le genre.

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