Guéguerre médiatique des politiques, la mort des émotions démocratiques

Une fois n’est pas coutume, j’ai envie de faire un coup de gueule plutôt qu’un billet bien construit bourré de références philosophiques plus ou moins profondes. Parfois, je me dis qu’il faut être aussi ‘right to the point’ et pragmatique.

Il ne faut pas être un grand observateur pour constater la guerre médiatique que les différents partis se font. Il est vrai que nous sommes déjà en campagne pour les élections communales d’octobre 2012. Il ne faut pas être d’une intelligence démesurée pour en voir les dérives populistes ou sécuritaires. Populistes non pas au sens de développer une idéologie à partir d’une revendication pour le peuple et par le peuple d’intervenir dans la politique mais au  sens démagogique du terme : plus les clichés sont simples, plus ils frapperont l’imagination. Après l’étranger de Molenbeek, nous voici en plein débat sur l’intégration. Un peu de sémantique permet pourtant de constater que ces discours sur l’immigration et les sentiments d’étrangéité sont faux. Intégrer ? Mais qui a envie d’être intégré et de ressembler à des citoyens modèles qui seront tous faits selon le même moule ? La politique n’a-t-elle pas pour objectif d’organiser le vivre ensemble et par conséquent d’accepter les différences ? N’est-ce pas légèrement violent de nier les différences ? Et la violence n’entraîne que la violence…

Merci à ces politiques qui surfent sur nos émotions et sentiments comme la peur et l’égoïsme. Ce que Zygmunt Bauman décrit comme modernité est plus que jamais d’actualité. « Dans notre monde en phase de globalisation accélérée, l’humiliation a remplacé l’exploitation, la domination physique et l’aliénation comme principal facteur générateur de conflit. Par humiliation, j’entends notamment le déni de reconnaissance, les menaces sur l’identité et le spectre de l’exclusion.  » (interview, Le Point – Publié le 26/07/2007). L’angoisse est focalisée sur des problèmes de sureté personnelle ce qui permet « de détourner l’attention du public des facteurs d’insécurité sur lesquels les gouvernements agissent peu quand bien même ils en ont les moyens – je parle ici des incertitudes pesant sur le statut social, le bien-être personnel, la valeur des compétences acquises ainsi que des risques de discrimination ou d’humiliation. A l’inverse, elle met en lumière non seulement les décisions spectaculaires de gouvernements qui entendent être crédités du souci qu’ils ont des angoisses de leurs concitoyens, mais aussi les ripostes individuelles de citoyens qui, avec le concours des marchands, se délivrent de l’énergie négative de l’anxiété en prenant leur sécurité en main. Résultat : les causes profondes de l’insécurité ne sont pas traitées et la fabrique de la peur ne ralentit pas. L’insécurité est un marché prometteur. » Résultat ? Une dualisation de la société, ou chacun peut basculer selon les moments du rôle de chasseur au rôle de chassé (exclu), et vice versa.

Merci aux lignes rédactionnelles des médias et aux divertissements de masse qui confirment cet état émotionnel. Que ce soit par la survalorisation de faits divers ou par le manque de traitement de l’information. Ou encore par l’appauvrissement de notre imaginaire ponctué d’Experts et autres films catastrophes. Merci à tous ceux qui ne nous laissent pas le temps de travailler sur nos émotions et de dépasser ce qui semble évident, ces premières émotions pourtant bien naturelles et qui font partie de nous. Merci à ceux qui utilisent la religion pour donner des réponses toute faites empêchant les individus de développer des réponses personnelles et ouvertes sur leurs propres émotions.

C’est maintenant « quasiment une évidence » que l’intellect ne suffit pas pour alimenter l’envie d’avoir une démocratie, que les émotions ont leur rôle à jouer, comme le dirait Martha Nussbaum dans Les émotions démocratiques qui prône une éducation plus adaptée aux enjeux démocratiques actuels, c’est-à-dire, moins technocrate (pour lire la recension, cliquez ici). Richart Rorty, philosophe américain contemporain n’avait-il pas dit que la base de la justice est la capacité à ressentir la cruauté faite aux autres ? J’ai toujours eu des doutes mais là, je me repose la question du bien-fondé de ses dires.

Oui, le monde à l’image de l’humanité est violent, cruel et peureux. La question est de savoir ce que nous faisons de ces émotions et non pas le mal qu’elles constituent. Alors que dans la tradition judéo-chrétienne, ces émotions et sentiments étaient considérés comme mauvais, actuellement, ils sont exploités pour donner plus de pouvoir à certains. Est-ce vraiment cela que nous voulons ? Pour changer la donne, nous devons les reconnaître et nous accepter (et basta la morale des émotions et des sentiments) comme nous sommes. Sous-peser les actes que nous prenons pour se rassurer et mesurer ce que nous sacrifions de nous-mêmes lorsque nous mettons en place des logiques sécuritaires et des discours démagogiques. Notre liberté ? Notre capacité d’aimer ?

Le temps émotionnel est un luxe qui dépasse les clivages gauche/droite, nationaux/étrangers, pauvres/riches, homme/femme. Oui, je suis en colère et j’assume tout à fait cette émotion. Ce n’est pas pour cette raison que je vais mettre une bombe dans une mosquée ou voter extrême-droite. J’ai reconnu mon émotion et à partir de cela je vais renforcer mes convictions philosophiques, politiques et canaliser mon énergie vers du positif car prendre un autre chemin est un trop grand sacrifice. Mais cela demande du temps et du travail, beaucoup de travail sur soi. Parce que rien mais vraiment rien n’est évident. Descartes ne nous l’avait-il pas déjà dit ?

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