meditations

Les religions riment-elles avec patriarcat ?

Aujourd’hui le chef de l’Eglise orthodoxe russe a rappelé le rôle de la femme et de l’homme dans la société : la première est libre de se cantonner dans la sphère familiale et le second l’est tout autant de travailler et de gagner de l’argent. Et lors de l’investiture du pape, la toile n’a pas hésité a rappelé les propos similaires de celui qui devint François 1er du Vatican. Et je n’ai pas besoin de m’étendre sur l’Islam tel que pratiqué en Arabie Saoudite par exemple. Religions riment-elles avec patriarcat ?

Le patriarcat désigne une manière d’organiser la société autour du rôle du père et plus précisement de l’homme adulte qui a fait des enfants avec une femme. Le père serait celui qui assurerait la survie économique de la famille, tout comme d’ailleurs dans le prolongement de la sphère politique, il représenterait et gèrerait la société dans sa globalité. Les figures d’autorité seraient ainsi exclusivement masculines. Ce que nous retrouvons dans l’église catholique, orthodoxe et musulmane puisque les membres du clergé et donc de l’institution responsable du dogme sont exclusivement masculins.

Certains diront que le patriarcat est un héritage de notre cerveau reptilien où l’homme plus fort physiquement aurait pris le dessus sur la femme. Or rien n’est moins sûr lorsque nous observons les représentations des femmes à travers les siècles : elle n’ont pas toujours été représentées comme des jolies choses qui décorent nos salons de l’auto ou encore comme des objets de désir à cacher. Dans la préhistoire, nous retrouvons des figurines de femmes rondes qui présupposent la valorisation des femmes. Pouvons-nous dire que le patriarcat a succédé au matriarcat lors de la domestication des chevaux (thèse de Marija Gimbutas) ? En tout cas, toutes les religions ne réservent pas les activités et les responsabilités spirituelles (et élevées) aux hommes.

La patriarcat signifie aussi l’oppression des femmes, dans la suite des analyses sociologiques entamées par Bourdieu. Ce dernier qui s’inscrit dans la tradition marxiste, distingue la classe des dominants et des dominés. Les femmes feraient partie de la seconde. Le patriarcat dénonce cette fois un rapport de force et de violence institué par les hommes sur les femmes qui seraient alors soumises à des règles dont elles n’ont pas été les initiatrices et qui viseraient à les maintenir dans des statuts inférieurs (moins de droits et moins de liberté).

Et nous constatons que cette mentalité patriarcale perdure dans le monde du travail ou de la représentation politique puisque les secteurs les plus fémininisés (enseignement, métiers du « care »…) ou associés à la femme sont aussi moins rémunérés et moins valorisés. Et cela en plus des différences de salaire entre homme et femmes pour les même fonctions (voir étude 2013 de la commission européenne à ce sujet).

A ce stade de notre réflexion, il est important aussi d’introduire la notion de sacralisation. Dans des mentalités dites patriarcales, les femmes sont rendues sacrées à travers par exemple leur capacité à devenir mère. La Vierge Marie est la sublimation d’une mère qui n’a pas fauté (qui n’a pas eu de rapport sexuel). Elle doit être respectée en tant que mère du fils de dieu, tout les deux porteur d’attributs masculins.  Et pour le reste, la femme n’a pas d’autonomie, ni d’autorité ou encore  de pensée propre en dehors de sa sphère sacrée. Tout comme l’homme n’a pas de réelle emprise dans la gestion quotidienne du bien être des membres de la famille car c’est la mère qui fait figure d’autorité en ces matières.  Un petit clin d’oeil au judaïsme qui fait de la femme la transporteuse du caractère juif et qui  dans ses déclinaisons les plus intégristes, lui met des perruques et la sépare des hommes. Le patriarcat peut aussi s’accompagner d’une forme de matriarcat. Ce qui me fait dire dans la suite de Hannah Arendt que dans tout système hiérachisé, sacré, et totalitaire, les opressés sont des victimes et que les oppresseurs sont aussi peu libres et enfermés que ceux et celles qu’ils visent à dévaloriser.

Les religions sont-elles patriarcales ? C’est clairement le cas lorsqu’elles instituent un modèle d’organisation hiérarchisant les hommes et les femmes, en leur dictant ce qui est bon ou pas de faire (et même d’être) déterminé par leur genre.  Les religions du livre, dogmatiques et normatives sont des sources de violence par rapport aux femmes mais aussi par rapport à ceux qui ne sont pas des hommes ‘comme il faut’ car elles n’ont pas réellement compris la liberté humaine et le respect des individus. Et surtout, elles ne considèrent pas la souffrance résultant de l’application de règles uniques et unilatérales. Ce qui n’est pas surprenant lorsque la justification intellectuelle de la morale et de l’éthique est basée sur un livre qui date de plusieurs milliers d’année. Le monde a changé et bien d’autres livres ont été écrits avant et après qui méritent toute notre attention.

Et dire que l’une est religion d’amour, que l’autre autorise la critique du livre et donc la liberté de pensée etc. ne sont qu’une manière de se voiler la face. Le berceau des religions du livre se trouvait en territoire israélo-palestinien et si elles ont autant de succès ou qu’elles sont aussi répandues, ce n’est pas un hasard. Personne n’est par nature catholique, juif, musulman etc. : l’inquisition, les croisades ou autres conquètes religieuses ne se sont pas faites dans la paix et la bonne humeur. Les religions qui sont patriarcales le sont parce qu’elles ont la violence dans le sang. Il est important d’en avoir conscience lorsque nous nous posons la question de la spiritualité, de ce qui nous dépasse et  confions nos croyances sur le monde à un dogme religieux. La valeur qu’est la violence envers les autres être humains n’est pas apparue avec le capitalisme ou avec des extrêmistes de tout bord, mais bien de manière organisée par des dogmes religieux à vocation universelle et internationale qui datent de plusieurs milliers d’année. Pour que mes propos ne soient pas mal compris, les religions ne sont pas les seules sources de violence. Juste qu’elles ne doivent pas être comprises pour ce qu’elle ne sont pas ou ne sont plus, à savoir un moyen et une garantie de conserver la paix et de respecter les individus. Ce n’est pas une surprise et encore moins un hasard si un bon nombre d’entre elles sont « patriarcales ».

Publicités

0 comments on “Les religions riment-elles avec patriarcat ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :