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Les homes, premier rempart d’une société garantissant une vie digne

En tant que conseillère CPAS je suis amenée à visiter des homes et à participer à leur comité de gestion. Et je dois dire que c’est toujours avec émotion. Ces institutions sont pour moi les premiers remparts d’une société solidaire qui garantit une vie digne à tout un chacun. En effet, une société qui n’est axée que sur la rentabilité n’investit pas dans les personnes agées. Il est plus rentable de miser sur une jeunesse qui produira encore de longues années que sur des personnes qui arrivent en fin de vie.

Cette semaine, j’étais au home Sainte Gertrude, au coeur des Marolles dans un quartier de Bruxelles qui reste populaire. Le home des Ursulines se trouve aussi dans les Marolles mais est considéré comme étant moins populaire à cause de son bâtiment historique et de la superfice des chambres plus importante qu’à Sainte Gertrude. Il n’en reste pas moins que le home de Sainte Gertrude peut accueillir 160 personnes, se concentre sur la qualité des animations et la liberté de mouvements des résidents. Et pour avoir visité plusieurs homes, ce dernier point est important. Les personnes considérées comme « démentes » ne sont pas limitées à un couloir et ne vivent pas dans un bâtiment séparé. Ce qui veut dire que leur nombre doit rester limité pour que le personnel puisse s’en occuper dignement.

Le secteur des maisons de repos est l’un des secteurs les plus réglementés en Belgique même s’il existe des variations selon les communautés. Les homes doivent être agréés, c’est-à-dire, répondre à une série de critères concernant la convention entre le résident et l’établissement, le règlement d’ordre intérieur, la liberté des résidents, le respect des convictions, la nourriture, l’hygiène, les soins à dispenser, la sécurité, le nombre et la qualificiation du personnel, le bâtiment, la comptabilité etc.

En plus de ces normes d’agrément, comme le note Test-Achats dans Budget&Droits mars/avril 2013, les homes sont soumis à des règlementations venant du SPF Economie (blocage des prix) et l’Inami (normes de soins). Ils reçoivent des subsides différents selon que les lits soient dits MR (Maison de repos) ou MRS (Maison de repos et des soins). En Belgique, le coût moyen pour le résident est de 1361€ par mois (source Test-Achats). Ce qui veut dire que bon nombre de pensions ne couvrent par les frais et que la famille doit intervenir.

Un point sensible est évidemment les conditions d’admission dans les homes. En général, c’est l’état de santé du futur résident qui est le critère déterminant. Pour les homes relevant d’un CPAS, le lieu de résidence compte aussi. L’âge est aussi un critère, ce qui pose problème par exemple dans le cas de sans-abris qui vieillisent plus vite que la moyenne. En effet, les sans-abris décèdent en moyenne à 48 ans, ce qui fait qu’à 45 ans ils sont déjà vieux et susceptibles d’avoir besoin d’un home.

Quels sont les enjeux de la gestion d’un home en dehors du respect des normes existantes ?

Ce sont évidemment les animations, leur fréquence, leur qualité et leur ouverture au reste de la population. Saviez-vous que le home des Ursulines a participé à la Nuit blanche ou encore que Sainte Gertrude organise des ateliers esthéticien(ne) ? Ou encore, que certaines initiatives comme la Maison Biloba voient le jour en Région bruxelloise ? Il s’agit de projet de vie communautaire pour personnes âgées mais avec un objectif de cohésion sociale à la clef. Ce qui demande un tout autre projet et une autre mentalité de la part du personnel encadrant/pouvoir subsidiant.

De plus, la qualité des espaces communs, est un bon indicateur du respect de la maison pour ses résidents. J’ai déjà vu des pièces communes où les fauteuils dépareillés sont placés le long des murs, l’un à côté de l’autre, sans décoration ou effort. Ou encore comment allier normes d’hygiène avec les animaux domestiques ?

Les homes des Ursulines et de Sainte Gertrude accusent 2 décès par mois et un déficit annuel, comme la plupart des homes publics. Ce qui fait que la tendance actuelle est de voir le privé prendre de plus en plus d’importance dans ce secteur. Ce que je regrette. Car en effet, comment justifier moralement le fait de se faire des sous sur des personnes en fin de vie?

Au vu de l’allongement de vie, nous pouvons dire que nous sommes au début ce que nous appellerons la « révolution grise » : la vieillesse devra être considérée autrement. Nos réflexions et initiatives pour garantir une vie digne devront aller dans le sens d’un changement de mentalité où la rentabilité et la performance ne peuvent pas être les premiers critères sous peine de faire évoluer notre société vers un régime totalitaire. Rien de pire que d’entendre un banquier nanti (de Callathay, pour ne pas le citer) affirmer que la sécurité sociale doit réfléchir à deux fois avant de subsidier les prothèses des personnes de 80 ans.

 

 

 

 

 

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2 comments on “Les homes, premier rempart d’une société garantissant une vie digne

  1. Thomas Bazan

    Merci pour cet article intéressant. D’un point de vue plus général on pourrait dire qu’il y a une rupture (pour autant qu’il y ait eu « cohérence »?) entre la richesse économique et la richesse « vivante »* et qu’il faut d’abord accepter de voir cette réalité en face pour ensuite construire l’alternative.
    Pour continuer sur ma réflexion (décidément vous titillez mes neurones V.L.!) je me demande si l’on ne se perd pas trop dans des combats d’arrière garde ? Défendre des petits îlots c’est bien tant qu’on est pas noyé par les ouragans, reboiser la terre** pour les empêcher de se former au diminuer leur force c’est encore mieux.
    On pourrait déjà par exemple se battre contre le discours médiatique des jeux, du fait divers, et des nouvelles non vérifiés et non approfondies…

    * Je ne trouve pas le bon terme, mais je veux dire tout ce qui concerne la richesse du vivant comme la vie sociale, la vie écologique, le bonheur non-marchand (mais la consommation est-elle bonheur ou drogue ?), la confiance en l’avenir parce qu’on ne détruit pas aujourd’hui déjà les lendemains
    ** reverdir les esprits et redonner vie aux racines de l’humain…

    • Merci pour votre commentaire qui me fait aussi réfléchir. oui, quelque part, se battre pour des autres valeurs, plus humaines et proches de la vie permettrait de voir les symptomes disparaître. Un des symptômes d’une mauvaise appréhension de la vie seraient par exemple une gestion des homes basés sur la rentabilité. Et se battre pour juguler les symptômes paraît un peu vain et superficiel. Simplement, je me demandais, comment faire autrement ? La vie et les valeurs plus respectueuses de la réalité du vivant sont des principes qui comme vous le dites sont larges et recoupent tellement de choses. D’une chose l’une, soit nous imposons notre conception du vivant et se pose la question de la liberté individuelle et collective, et du coup du totalitarisme. De l’autre, nous dénonçons des symptomes pour dénoncer les choix de valeur. Pour moi, le choix est vite fait avec la prise de risque, le deuil que cela implique, et surtout la lutte sans fin qui s’ensuit 😉

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