en passant La mode fait la philosophe : de l’expérience du temps déphasé

Alors que les magazines de mode nous bombardent de photos et de commentaires sur les nouvelles collections,  je me suis dit qu’au-delà de la superficialité de l’obsession du look et de la sacralisation de certaines pièces, que ce phénomène montre que l’expérience du temps n’est pas une chose évidente.

Il n’existe pas seulement un passé, un présent et un futur ; ce qui a été, est et sera. La mode crée sa propre expérience du temps et de ce qui est contemporain, c’est-à-dire, « à la mode ».

Giorgio Agamben dans son petit livre Nudités en dégage deux caractéristiques :

1. « Etre à la mode » est contradictoire car il signifie que la personne est déjà démodée.  Lorsque nous disons « je suis à la mode », nous ne le sommes en réalité plus puisque ce qui est considéré comme exemplatif  dans les défilés ou les prototypes sont déjà passés et ont déjà eu lieu. Giorgio Agamben l’exprime en ces mots :  « Le temps de la mode est donc, de manière constitutive, en avance sur lui-même, toujour aussi en retard« . (p.27, Nudités, Rivage poche/petite bibliothèque 2009). Il va d’ailleurs plus loin lorsqu’il considère que dans notre culture, « la mode est une signature théologique du vêtement ». En effet, le premier vêtement confectionné pour Adam et Eve faisait suite au pèché originel (Genèse, 3.21) : « Dieu (…) fait porter à nos ancêtres (…) des vêtements en peaux d’animaux (…) comme les symboles trangibles du péché et de la mort, au moment où il les chasse du paradis ». (id.). Bon, j’ai un peu des doutes sur cette interprétation, il existe aussi de « la mode » en Chine ou au Japon sans pour cela être pétrie de cette tradition religieuse.

2. La mode instaure une relation particulière avec le passé et le futur car elle peut remettre au goût du jour par exemple les codes des années 20 ou 60 : « Elle peut donc mettre en relation ce qui est inéxorablement divisé, rappeler, ré-évoquer et revitaliser ce qu’elle avait d’abord déclaré mort. » (p.28, Nudités)

3. Je soulignerai quant à moi la notion de saisons. En effet, en plus d’interroger la notion de contemporanéité et de ce qui est actuel, la mode instaure un rapport avec le monde extérieur en adaptant les couleurs des vêtements à la lumière moins franche, aux couleurs de la nature, en choisissant les matières selon les températures extérieures.

Le temps de la mode est toujours un peu déphasé,  le contemporain ou ce qui est à la mode n’est jamais présent : il est passé et s’inspire du passé tout en le remettant dans le présent, voir même le futur. Cela vaut aussi pour les projections que nous nous faisons du futur qui sont rendues à la mode. Les saisons quant à elles réinstaurent le rythme plus perceptible dans des activités agraires. Quelque part, elle montre à quel point elle est vaine tout en étant le reflet de la perception de l’histoire humaine.

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