ECOLO en crise ? Meuh non!

Un parti qui perd 50% de ses voix et puis les différentes sorties dans la presse de ces derniers jours relancent l’effet « crise » du parti écologique francophone.

Les électeurs ont parlé en diminuant singulièrement la représentation d’ECOLO dans les différentes assemblées. Ce message doit être entendu et analysé par rapport aux relations que le parti a avec le monde extérieur mais aussi en son sein.

En effet, les relations avec le monde extérieur se mesurent par l’adhésion aux idées écologiques, par les soutiens exprimés de la société civile et par le pouvoir d’action des différents réseaux. Par exemple, le réseau associatif est traditionnellement proche du PS et d’ECOLO, le monde syndicaliste plutôt du PS etc. ECOLO avec son manifeste et son programme de rencontres de la société civile a clairement travaillé sur ses réseaux. Avec notre dernier score électoral, je ne vais pas m’étendre sur le premier point. Il est évident que nos messages ne créent plus l’adhésion que ce soit par leur contenu, leur tonalité, leur timing etc. Par contre, nous avons bien eu des soutiens de la société civile que ce soit Martine Cornil ou encore Philippe Geluck.

Cette crise d’adhésion ne peut pas se limiter à celle d’une crise de la communication vue au sens large, c’est à dire au niveau stratégique, mais aussi au niveau des personnes qui ont été choisies pour porter l’étendard des messages écologistes. C’est à ce niveau qu’une évaluation interne est nécessaire : pourquoi ces choix et pourquoi ces personnes là ?

Dans ce jeu complexe où les peurs et les espoirs, les idées et l’idéologie, les convictions et les rêves, les projections sur les personnes et la réalité de la vie quotidienne s’entremèlent, ECOLO s’est révélé perdant ce 25 mai 2014. Cette crise n’est pas sans similitude avec celle de 2003 : malgré un bilan d’ECOLO tout à fait acceptable dans les différentes instances de pouvoir, l’électeur n’a pas conforté son choix. Et c’est à cette époque qu’une génération s’est profilée en en faisant parfois disparaître d’autres. Visiblement celle-ci a besoin d’un nouveau souffle. Ce changement n’a pas suffi : il est par conséquent question de quelque chose de plus profond qui nous empêche, nous écologistes, de nous maintenir dans les scores électoraux et de pérenniser nos actions politiques.

Personnellement, je regrette les différentes  sorties  dans la presse ou même dans les réseaux sociaux cette semaine qui sont surtout l’expression de sentiments individuels justifiés ou pas, ce n’est pas la question.

La question ou plutôt les questions à se poser sont les suivantes :

Qu’est-ce qu’un parti politique ?

Qu’est-ce la politique ?

Que faut-il en politique ?

Un parti politique est un groupe de personnes avec des histoires différentes mais qui perçoivent la société de la même manière, qui s’indignent devant les mêmes injustices et qui envisagent les mêmes leviers de changement. La teneur émotionnelle est importante  : de la tristesse, de la colère, de la peur, et surtout de l’espoir ou une croyance dans le changement. Les récentes sorties presse montrent que les choses ne sont pas aussi simples et qu’il peut y avoir des désaccords d’où la nécessité d’une période d’introspection de ce que nous sommes et voulons. C’est le processus entamé à partir d’un Trium Vira de « sages ».

Quant à la politique, elle a pour objectif d’organiser le vivre-ensemble vers un mieux. C’est à dire viser ses propres espoirs et ceux des autres, car nous sommes toujours et d’abord avec des autres. Un être humain ne peut pas subvenir à ses besoins seuls et doit par conséquent organiser des dynamiques qui permettent la survie du plus grand nombre. En tout cas, pour les écologistes. D’autres partis politiques défendront des groupes ethniques particuliers et  une classe sociale/ groupe privilégié mais ce mode de fonctionnement n’est pas l’objet de la crise chez ECOLO. C’est déjà cela.

Ne disons-nous pas faire de la politique ? La politique suppose clairement une capacité d’action. Ce qui implique de la part des partis politiques la prétention au pouvoir et la participation aux instances décisionnelles. Ce point les distingue de l’engagement pour un meilleur vivre-ensemble des associations qui ont des objets sociaux et des pouvoirs d’action plus précis. Elles ne veulent pas faire de leur quotidien la prise de décision pour d’autres personnes que celles visées par leur actions directes.

Pour pouvoir faire, il faut avoir pensé le monde dans lequel nous sommes, avoir des idées et des projets d’une société différente. Au vu des échanges véhéments pendant la campagne entre ECOLO et le PTB GO!, ECOLO est encore d’abord associé à un parti d’idées. En effet, comment le PTB GO! a-t-il pu croire un instant qu’il pouvait faire la différence à partir de sa capacité d’action et de rassemblement ? Des positions tranchées et des opinions clairement exprimées ne sont que les prémisses de la politique et malheureusement, les logiques d’extrême gauche ont déjà montré leurs limites dans l’histoire par-delà le monde. Leur idéologie n’est en rien garante d’un monde meilleur.

Qu’a-t-il manqué alors à ECOLO ces derniers années ? Oui, ces dernières années. Car il ne s’agit pas seulement d’un phénomène lié disons à la crise institutionnelle ou économique, bref à des facteurs externes.

La politique, puisqu’elle implique de travailler avec les autres, demande de pouvoir intégrer les désirs, les rêves, les émotions de tout un chacun  face à la vie quotidienne. Et comme le  dit l’adage : « Même si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupera de toi. » La politique s’occupera de toi car elle est ce qui organise notre vivre-ensemble. La politique, c’est la capacité de faire par moment un pas de côté pour laisser la place aux revendications et aux discours des autres.

La politique transpose alors en actions ce qu’elle a intégré de ces échanges selon sa conception du vivre-ensemble. Il s ‘agit de la capacité à ne pas s’accrocher à sa conception du monde comme étant la seule vérité (comme le fait le PTB GO!). D’où l’importance que la politique ne soit pas une question d’élite et que chaque parti s’engage à maintenir la diversité au sein même de ces organes.

En 2003-4, ECOLO n’a-t-il juste pas assez travaillé sur sa capacité émotionnelle collective et ne  s’est-il pas assez dégagé de la priorité mise sur les idées  ? Avec toutes les conséquences que cela implique au niveau relationnel et émotionnel, au niveau des personnalités mises en évidence plus techniciennes que créant l’adhésion? N’est-ce pas le vieux rêve que « la vérité gagne toujours ». Or le siècle des Lumières ou mai 68 n’ont pas existé pour rien : n’était-ce pas chaque fois des tentatives de déplacer les points d’équilibre du vivre-ensemble devenus totalitaires, moralisateurs à l’extrême ou autoritaires ? N’était-ce pas revenir chaque fois à l’émotionnel et faire preuve d’empathie avec ceux qui ne partageaient pas les mêmes lignes directrices ?

Bref, la politique conçue dans sa dimension démocratique, incluant le plus grand nombre, n’est-elle pas d’abord une question de vies émotionnelles? Ne se pose-t-elle pas en termes de  reconnaissance par soi et par les autres de l’expression de croyances bien plus profondes qu’une note technique ou un argumentaire bien ficelé ? En tout cas, c’est ce que nous enseigne la philosophe morale et politique Martha Nussbaum (inspirée d’Aristote).

Qu’est-ce qu’ECOLO en se projetant d’abord comme un parti d’idées et en promouvant ses premiers de classe – ce qu’il a fait depuis toujours – en première ligne veut compenser ? Tant que nous n’aurons pas répondu à cette question, nous passerons toujours de manière cyclique d’une crise à une autre. Et si c’est cyclique, nous ne pouvons plus vraiment parler de crise. En 2003, nous pouvions encore le formuler en ces mots mais pas en 2014. La répétition du phénomène est le symptôme de maladresses  structurelles qui bloquent notre capacité à créer une adhésion profonde et durable.

 

 

 

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Écolo en crise ? Je vais reprendre votre explication première qui est :
    « Il est évident que nos messages ne créent plus l’adhésion que ce soit par leur contenu, leur tonalité, leur timing etc. Par contre, nous avons bien eu des soutiens de la société civile que ce soit Martine Cornil ou encore Philippe Geluck. » ET « Cette crise d’adhésion ne peut pas se limiter à celle d’une crise de la communication vue au sens large, c’est à dire au niveau stratégique, mais aussi au niveau des personnes qui ont été choisies pour porter l’étendard des messages écologistes. C’est à ce niveau qu’une évaluation interne est nécessaire : pourquoi ces choix et pourquoi ces personnes là ? ».
    Vous avez ci dessous de mon point de vue une partie de l’explication du désaveu qui repose sur deux aspects !
    Le premier :
    Écolo en tant que représentation écologique et défendant l’écologie, donc la place de l’homme dans un milieu préservé n’est à mon avis pas remise en cause et donc pas en crise. Cette évidence est tellement vraie que la plupart des partis ont plus ou moins une composante écologique dans leurs programmes. Le message est bien passé pour les partis. En principe ce mouvement devait et aurait du être auto dégradable en fonction qu’il aurait été totalement et avec tous ses aspects inclus dans tous les partis. Les intérêts économiques entrant en jeux à différencier les adhésions plus ou moins modérés des différents partis qui ont inclus cette composante avec plus ou moins de poids car de toute évidence cela venait contrarier les développement financier des acteurs économique et surtout des voies qu’ils avaient choisis.
    A partir de cette constatation nous avons donc deux groupes de partis, ceux qui intègre l’humain comme faisant parti de la nature et donc l’économie au service de la nature et donc de l’humain. Et l’autre intégrant l’humain dans l’économie et son milieu naturel quand cela ne contrarie pas son essor économique. Ce qui est de toute évidence une inversion de valeur, mais qui est celle qui est « naturellement » imposée et apparue avec le développement industriel et humain associé au marché de la grande consommation. Résultante, une déconnexion de l’humain de son milieu ambiant qui s’est industrialisé pour la production alimentaire (donc de la nature) et à déplacer sa récolte des champs vers les grandes surfaces soit du tout près à consommer.
    Les Écolo et le parti est alors apparus pour porter sur la place publique sa vision qui à été perçus par tous ou presque comme des empêcheurs de tourner en rond mettant les arbres avant l’homme jusqu’à ce que progressivement une partie des consommateurs se sont rendu compte que le tout prêt n’avais pas le même goût que celui des champs et adhère à l’idée Écolo. Je sais que je refais un peu d’histoire d’évolution d’écolo, mais bien utile pour se rendre compte qu’aujourd’hui encore, les vrais adhérant sont ceux qui ont viscéralement inclus la notion que ce sont eux qui font partie de la nature et non l’inverse. Même si progressivement le consommateur se tourne de plus en vers le Bio. Et dissocie le parti de ses aspirations de bases et la notion d’écologie et préservation de la nature.
    Le second :
    Le problème c’est que dans l’entre-temps les Écolos sont devenus partis politique pour faire passer les idées de bases, mais en faisant cela ils devaient s’intégrer dans un système ou ils ne pouvaient pas ignorer la composante économique, c’est à dire la partie ou les autres partis politique avaient eux des longueurs d’avance. Et l’échec Écolo cette fois ci repose sur deux bases, qui apparaissent clairement dans l’affaire des panneaux photovoltaïque.
    Ceux qui ont voté et appuyé et même entraîner à créer des certificats verts comme incitants sont ceux là même qui ont descendu en flamme Écolo en les rendant seuls responsables du problème alors que c’est bien tout le monde qui à voté le projet. Puis il y a ceux qui ont profité des certificats verts et qui en ont même utilisé en excès qui ne sont pas des écologistes qui eux auraient installé leurs panneaux non seulement pour faire des économies mais aussi pour contribuer à la diminution de l’effet de serre, non ce sont essentiellement des spéculateurs faisant partie de la même catégorie politique que ceux qui aujourd’hui ont pointé les écolos comme étant les seuls responsables de leurs « désastre économique ». Donc Écolo s’est fait roulé par les partenaires politiques qui les ont non seulement lâché et même accusé seuls fautif de l’erreur d’évaluation commise. Puis par des « militants » qui ont profité du « parti Écolo » pour faire des bénéfices spéculatif et les lâches lorsqu’ils ne restent que le bénéfice écologique. Sans parler de l’entrée en scène du PTB GO, partis opportuniste allant même déstabiliser la seule gauche représentative de poids qu’est le PS et ce en piquant des voies partout et principalement des Écolos. Partis qui en plus non seulement est un parasite, mais tente de faire croire à des positions aujourd’hui complétement dépassé, comme le travaille pour tous ou le plein emploi en puisant simplement dans la poche des patrons ! Qu’ils aillent dire cela à Delhaise, et arriver à convaincre les actionnaires de laisser la moitié de leurs dividendes pour sauver la totalité des emplois. Cela à l’heure des caisses qui vont devenir de plus en plus automatisé !
    La solution ? Revenir aux fondamentaux, ou de toutes évidences la politiques n’est pas le but des candidats mais le moyen de faire passer les messages. Ors ce n’est plus tout à fait l’image que rendent les sieurs Nollet et surtout Deleuze, qui lui va piquer une place de bourgmestre par un jeu de coalisions douteuse à une Bourgmestre en place depuis des lustre et ayant recueillis de loin la majorité des votes. Je n’ai aucune sympathie particulière avec cette dame, mais j’ai trouvé la manœuvre éminemment politicienne de Mr. Deleuze ! Ou une Evelyne Huytebroeck qui n’hésite pas à tirer dans les pattes de ses partenaires. Après cela ils s’étonnent du désaveu ! Et entraîne avec lui une Emily Hoyos que je trouve très ouverte et honnêtes sur tout les plans. Vous par exemple, feriez probablement un bon tandem avec Emily 
    Mais bon ce ne sont que des divagations d’un vieil observateur (70 ans)
    Gerhard Jourdan

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