Le temps que prend la paix #brusselsattacks

Presqu’une semaine après #brusselsattacks, mon corps s’en souvient encore. Cette tension qui me vient du trapèze gauche pour descendre dans le bas du dos, me rappelle que j’ai eu mal, et pas un peu.

Vivre à Bruxelles et plus particulièrement dans le quartier européen a plus été un accident pour moi qu’un véritable choix. En effet, ce quartier très pratique au niveau des transports en commun m’a proposé un grand appartement pour un loyer presque dérisoire pour la capitale de l’Europe. En se penchant sur son histoire, c’est lui qui a hébergé les écoles de la famille royale et la bourgeoisie belge au début de l’existence de notre Royaume. Et puis l’arrivée de l’urbanisation à outrance avec ses autoroutes urbaines que sont la rue Belliard et la rue de la Loi a fait que ce qui étaient devenus des chancres ont été remplacés par les bâtiments emblématiques des institutions d’une union qui compte maintenant 28 pays : l’Union Européenne.

Le quartier européen un peu dévasté et souvent dévalorisé pour cette raison est devenu avec le temps un des quartiers les plus multiculturels et cosmopolites de la région. Et loin est cette époque où nous n’y croisions que l’aristocratie belge. Le square Ambiorix est un lieu-dit pour taper la carte sur les bancs publics et des familles venant des communes aux alentours comme Saint-Josse, Schaerbeek ou Etterbeek.

Ce 22 mars 2016, la panique que j’ai vécue en me rendant à mon arrêt de métro m’a fait réaliser non pas la fragilité de mon quartier mais la force de l’aveuglement, le danger de ne pas être ancré dans la réalité, et la violence du manque de temps pour la réflexion .

En effet, n’avais-je pas toujours dit cyniquement que le quartier européen serait une cible privilégiée pour des terroristes ? Sa fragilité a toujours été évidente.

Cela faisait des semaines que j’avais envie d’écrire un billet pour réfléchir sur cette étude qui avait conclu que les enfants athées sont plus empathiques que les enfants croyants. Dans le fond, ce constat n’était pas vraiment étonnant car certains discours religieux peuvent facilement être utilisés pour se déconnecter de la personne que vous avez devant vous. Si celle-ci souffre, n’est-ce pas un signe du destin ? Ou encore, si elle souffre et qu’elle ne le mérite pas, dieu le lui rendra de toute façon un jour. Une manière de se déresponsabiliser de la rencontre que vous venez de faire. Pas très empathique, c’est sûr. Alors ces terroristes qui se réclament de l’Islam sont-il le symptôme de ce que nous montre l’étude ?

D’autres vous diront, que ces jeunes, car ils sont tous très jeunes, ont en eux une telle frustration due aux inégalités intrinsèques à nos sociétés qu’ils n’ont rien pu trouver d’autre comme moyen d’expression de leur malaise. S’agit-il d’un discours qu’affectionne particulièrement l’Europe qui a déjà à son actif plusieurs « mea culpa » ? Nos sociétés sont-elles plus violentes que d’autres ? La violence justifie-t-elle la violence ?

Et puis, d’origine « étrangère », ces jeunes montrent les limites de l’immigration et de la cohabitation entre les différentes cultures. Certains auront fait aboutir leur raisonnement pour rassembler et mener une bande d’hooligans à la Place de la Bourse et d’une certaine manière profaner ce lieu de recueillemement et de résilience. Répondre à la violence par la violence, ce n’était rien d’autre.

Alors s’il s’agit principalement de violence, difficile de s’attarder et de rester sur un des arguments que je viens de citer pour expliquer la violence que nous avons subie. Ceux-ci sont dans l’air du temps depuis déjà de nombreuses années et n’ont pas permis de nous protéger.

Difficile aussi de ne pas penser au film de Stanley Kubrick, Orange Mécanique qui met en scène un jeune homme particulièrement sadique. Ce film qui m’a fait faire des cauchemars pendant une semaine. Je ne suis pas la seule malheureusement a avoir fait ce rapprochement.  « Ce sont des gens qui sont dans un rapport à la violence, parce que l’islam est actuellement synonyme de violence antisociale. Ils veulent exprimer leur désir d’être antisocial », nous dit le Directeur de l’Observatoire du religieux, Raphaël Liogier qui a étudié les profils de dizaines de jihadistes ou aspirants-jihadistes français (rtl-info, 27.11.15).

Et maintenant, je constate que j’ai dû prendre le temps pour écrire ce que j’avais sur le coeur pour retrouver mes esprits. J’ai pris le temps de vivre mon immense tristesse. J’ai lu, écouté, cherché, je me suis remémorée mes rencontres avec des jeunes radicalisés, j’ai écouté les témoignages d’autres personnes qui en ont côtoyé au quotidien. J’ai essayé de ne prendre aucun raccourci pour constater qu’il est souvent plus confortable de les prendre. « Le temps, c’est de l’argent », n’est-il pas une sentence dont nous avons parfois du mal à nous défaire ?

Et bien, le temps représente, dans cette situation particulière que nous vivons, la paix car il permet de réfléchir, de se poser des questions, de douter, de sortir des chemins battus et du cercle vicieux de la violence, de mieux percevoir les différentes réalités.

Et ma question à moi à partir de laquelle je vais réfléchir et agir, sera : pourquoi ces jeunes « terroristes » n’ont-ils pas pris ce temps pour nous imposer en fin de compte non pas seulement la terreur mais la frénésie et mettre en évidence notre manque de temps.

 

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