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Avortement, la souffrance des femmes et la déresponsabilisation des hommes

Je n’avais jamais imaginé que j’écrirais un billet sur le droit à l’avortement. Pour moi, il s’agissait d’un droit acquis. Même si lorsque adolescente j’avais commencé à me poser la question, je trouvais qu’y répondre n’était pas tout simple. Je n’en reviens pas que le débat revienne encore sur le tapis en 2017.

Que ce soit avec les récents événements qui ont secoué la sphère académique en la personne d’un professeur de « philosophie de la vie » à l’Université Catholique de Louvain (UCL) mais aussi de manière plus généralisée au-delà de nos frontières. Qui aurait pu imaginer un candidat à la présidence française comme F. Fillon être aussi ambivalent sur ce sujet ? Pas moi.

Au-delà du débat idéologique qui marque le retour du religieux dans les débats, et par conséquent des clivages manquants parfois de nuance. Comment pouvons-nous après des décennies de réflexion ne pas avoir fait aboutir une conception du progrès humain basé non plus sur des principes et des dogmes mais sur la réalité et la souffrance humaine?

« Silence » de M. Scorcese ou de l’intimité de la foi

J’avais d’ailleurs trouvé interpellant le dernier film de M. Scorcese « Silence » sur des pères missionnaires au Japon qui finissent pas abjurer leur foi car la douleur des autres humains leur semble insurmontable tout en ayant probablement garder leur foi dans leur moi le plus intime.

A découvrir cette très belle interview de M. Scorcese sur sa foi et son film « Silence » :

L’enseignement universitaire et la culture du débat

Concernant le débat de l’UCL, la question n’est pas de savoir pourquoi et s’il est acceptable de proférer ce type d’opinion mais bien de l’enseignement universitaire qui est censé développer une certaine excellence et rigueur intellectuelle ne fut ce qu’en laissant la place au débat et en présentant des perspectives diverses. Ce qui ne semble pas avoir été le cas au vu des enregistrements des étudiants présents. Que s’est-il passé pour que ce professeur connu pour ses positions ait pu pendant des années avoir de tels propos ?

Progrès moral : responsabilité et individualisme

Sophie Heine, politologue et auteur, tente lors d’une carte blanche dans le journal Le Soir (05.04.17) de sortir des concepts trop usités en rappelant la fragilité des femmes que ce soit au niveau social mais aussi physique : ‘Cette condition pèse lourdement sur le choix ou non d’avorter’.

Et conclut sur la question de la responsabilité : ‘Mais le véritable progrès consisterait en une responsabilisation radicale des hommes. Moins que par un travail sur les mentalités, cela suppose, d’une part, le développement de la contraception masculine et, d’autre part, la création d’une obligation d’implication paternelle beaucoup plus substantielle. La majorité des hommes se comporteraient en effet différemment sur le plan sexuel s’ils étaient obligés de s’impliquer une fois un enfant né. Et nombre de femmes hésiteraient alors davantage à avorter, même dans des situations de couple problématiques ou après des ruptures. Car elles ne seraient plus seules à faire face à la tâche, à la fois immense et fabuleuse, de mettre au monde un enfant.’

Ce à quoi je rajouterais qu’il est plus que temps de sortir de la binarité groupe/individu, ou encore, égoïsme/individualisme. Ne faut-il pas rappeler que l’individu et le -isme qui s’en suit n’est pas d’abord un vice ou une vertu, mais bien une manière de penser et se comporter qui prend en compte l’individu et non plus seulement un groupe ou des principes moraux ?

Il s’agit de prendre en compte la souffrance et le vécu individuel. Et dans un monde ouvert qui accepte les différences, le progrès ne peut pas se faire sans faire de l’individu un -isme sauf si la cruauté est ce qui vous motive. Un individualiste peut avoir des valeurs collectives et vice versa. Mais opposer l’égoïsme à l’individualisme est une confusion de genre. Ou encore ceux qui se retrouvent dans ce dualisme vous disent qu’en fin de compte votre parole ne compte pas et que si vous souffrez, c’est pour votre bien ou que vous êtes marginal. Ce n’est pas ce que j’appellerais une mentalité juste et respectueuse.

Avons-nous vraiment besoin de cela ? Pouvons-nous vivre avec les souffrances que nous pouvons engendrer ?

En Belgique : l’avortement est encore un délit

Et… en Belgique, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) reste un délit pénal, excusé seulement sous certaines conditions. Il ne s’agit pas d’un droit. En effet, les articles 350 et d351 du Code pénal considèrent l’avortement en Belgique comme un délit contre l’ordre des familles et de la moralité publique. Et l’article 383 criminalise toute information ou publicité portant sur l’avortement.

Je vous invite à vous rejoindre aux signataires du manifeste des 350 qui invite  le monde politique à sortir l’avortement du Code pénal et à permettre aux femmes d’avorter en toute liberté, sans justifier de raisons, à l’instar de ce qui est permis aujourd’hui en France et au Grand-Duché de Luxembourg : manifestedes350.

 

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