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Des solutions pour l’exclusion au logement, Home for less ?

Lors d’une de mes réunions du Conseil CPAS, une de mes collègues m’avait fait part du rapport sur le sans-abrisme de la Strada. Et la même semaine, j’ai été invitée à assister à l’inauguration du projet HOME for LESS, un projet temporaire de modules de logement réalisés à partir de matériaux récupérés pour lutter contre l’exclusion au logement, implantés dans des bâtiments inoccupés.

Les situations de sans-abrisme et d’exclusion au logement sont définies dans ce rapport comme « l’impossibilité d’accéder à un logement personnel, durable et adéquat, et de le maintenir » (p.12). Ce qui recouvre les « personnes sans abri, les personnes sans logement, les personnes en logement précaire et enfin, celles qui vivent dans un logement inadéquat. » (p.13).

Dénombrement de la Strada : novembre et mars

La Strada a organisé un dénombrement en novembre 2016 (avant le dispositif hivernal)  et un autre en mars 2017 avec des travailleurs de terrain avec cette particularité que des militaires, des policiers et du personnel supplémentaire étaient présent dans les rues de Bruxelles et dans les transports en commun suite aux attentats.

Novembre

En novembre, l’association comptait 30% de plus de sans-abris par rapport à 2014. Le nombre total de personnes dénombrées en situation de sans-abrisme, de mal-logement et en logement inadéquat a quasiment doublé (+96%) en 8 ans, de 1729 à 3386 (p.28). Et ce qui est frappant selon ce rapport,  c’est l’augmentation de 72% (de 412 en 2014 à 707 en 2016) du nombre de personnes dénombrées dans l’espace public (id.).

Capture.PNG

Nous constatons qu’en 2016, 58% des personnes ont un statut de séjour régulier, 38% un statut de séjour irrégulier et 4% sont des demandeurs d’asile. 82% des personnes qui ont un statut de séjour irrégulier n’ont pas de source de revenus (en dehors de la mendicité et de la vente d’objets).

strada_novembre

Mars – dispositif hivernal

Le dénombrement de mars a eu lieu pendant le dispositif hivernal. Celui-ci est composé de 3 volets : accueil de nuit, accueil de jour et une extension des équipes mobiles, les ‘maraudes’ de jour et de nuit destinées à rencontrer les personnes dans l’espace public et éventuellement les orienter vers le dispositif hivernal.  Un total de 4094 personnes ont été dénombrées parmi lesquelles 48% personnes sans abri, 21% personnes mal logées et 31% personnes dans un logement inadéquat. Vu que la plupart des centres d’accueil sont payants, la question du revenu est d’autant plus cruciale. Tout comme, ce sont surtout les personnes en séjour irrégulier ou des européens qui ne peuvent pas bénéficier des structures existantes (accompagnement et structure d’accueil).

Les Raisons de ne pas faire appel aux centres d’accueil de jour et de nuit malgré les besoins et l’offre seraient (p.86)  :
– les motifs d’agression/vol (12%) ;
– trop de bruit/de monde (10%) ;
– un manque de sécurité (10%);
– un manque d’intimité (8%);
– et le statut de séjour (8%)

strada_mars

Les conclusions de l’étude que nous pouvons ressortir sont les suivantes  : 

La première est que « ce qui frappe le plus dans cet exercice 2016-2017 est l’augmentation énorme du nombre de personnes qui n’ont pas droit ou qui ne désirent pas faire appel à l’un des services reconnus d’aide aux sans-abri et mal logés. Ces personnes vivent dans les espaces publics, dans des structures alternatives d’hébergement (les services d’hébergement non-agréés ou les initiatives de communautés religieuses) ou encore dans des bâtiments vides occupés avec ou sans l’accord des propriétaires. En 2008, environ 60% des personnes comptabilisées avaient passé la nuit du dénombrement dans une structure d’accueil d’urgence / de crise, ou dans une maison d’accueil (45,4% pour cette dernière catégorie). En novembre 2016, une personne sur 4 (25,2%) seulement trouve refuge dans une maison d’accueil et 14% dans un centre d’hébergement d’urgence / de crise. Cette proportion augmente avec le plan hivernal pour atteindre, en mars 2017, 56,5%. (…) Il y a toujours plus de personnes qui passent la nuit en rue : de 269 personnes en 2008 à 707 en 2016. Les gens cherchent un abri dans les rues, sous les portiques, dans les parcs, dans les stations de métro ou dans les gares. La nouveauté en 2016 est le nombre important de tentes et d’édifices réalisés avec des restes de matériaux (de construction), ainsi que de camps montés sur des terrains vagues où des groupes plus larges de familles s’installent, qui ne font pas appel aux services existants. » (p.100)

Les causes répertoriées de cette hausse sont les suivantes:

– Absence de logements abordables (p.30) ;
– Insuffisance d’offres adaptées pour les personnes souffrant de problèmes de santé et/ou d’addictions (id.) ;
– Les gares se ferment de plus en plus au public sans abri. Le nouveau mobilier ne permet pas aux personnes de s’allonger pour dormir. De plus, la distribution des repas par des organisations de volontaires à l’intérieur et autour des gares n’est plus autorisée (p.32) ;
– Disparition des téléphones publics dans les stations pour appeler gratuitement le Samusocial et pour réserver une place au centre d’accueil d’urgence (id) ;
– Augmentation des flux migratoires et durcissement de la politique en matière d’accueil, créant des personnes sans statut ;
– Inégalité en Europe, et même en Belgique, quant aux droits sociaux garantis. Des personnes viennent à Bruxelles car il existe des structures d’aides qui n’existent pas autre part.

Par conséquent, nous pouvons auusi nous inquiéter de l’expansion spectaculaire (330%) des personnes accueillies dans des centres alternatifs ou religieux (p.41). Les relents de radicalisation religieuse ne sont pas si loin de nous.

De même qu’à la page 84 de cette étude, il est mentionné sur les aides résiduaires du CPAS (données en dernière instance, quand il ne reste plus rien d’autre comme solution ex. famille, chômage etc.) : « sur 24 Belges qui obtiennent une allocation du CPAS, il y en a 5 qui dorment dans l’espace public ; 12 personnes ont abouti dans l’accueil d’urgence du Samusocial ; 4 personnes séjournent dans leur propre logement (comme locataire ou propriétaire). L’aide du CPAS ne constitue clairement pas une protection suffisante, étant donné les situations de vie précaires de ces usagers« . Et tout cela alors que cette aide est censée garantir la dignité de tout un chacun.

Enfin,  « le nombre de personnes dénombrées dans le centre de Bruxelles reste presque identique (57 en 2014, 51 en 2016). Cette zone correspond au piétonnier. La perception et le message des médias selon lesquels le piétonnier attirerait les personnes sans abri ne sont donc pas confirmés par le dénombrement. Du moins pour ce qui concerne la nuit.«  La situation de sans-abrisme tend à s’étendre dans toutes les communes de la région bruxelloise.

Home for Less

Le collectif Baya composé de jeunes architectes (La Cambre et Institut Victor Horta) propose d’utiliser des espaces vides en les rendant habitables grâce à des modules en matériaux de récupération. Le module revient à 1200 euros pièce et les parois en OSB déposées avec leur équipement (isolant, tuyaux, sanitaires…) permettent de créer des espaces utilitaires.

Le concept est très intéressant mais pose tout de même des questions techniques importantes.

Comme le manque de ventilation, les panneaux OSB qui vont s’user très rapidement ou l’isolant à nu font que les installations ne sont pas très solides et encore moins durables. En quelques semaines, ces modules seront inhabitables voire insalubres à cause de la saleté qu’il sera difficile de nettoyer, l’humidité et les isolants perforés. De plus, comme il n’y a aucun travail prévu sur les murs et le bâtiment existants dans lesquels les modules s’intègrent, ceux-ci subiront aussi ses défauts comme des châssis qui ne sont pas étanches ou les infiltrations d’eau.

En plus d’une recherche sur d’autres matériaux que des plaques OSB, ce projet est-il tenable sans travaux sur le bâtiment lui-même ?

Je vous laisse juger par vous même.

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2 comments on “Des solutions pour l’exclusion au logement, Home for less ?

  1. Bonjour,
    J’ai lu avec intérêt votre article. Je comprends les réserves que vous pouvez avoir à propos de certaines dimensions du projet Home For Less. Sachez que les modules qui ont été présentés lors de l’inauguration du 30/06 sont des prototypes destinés à être améliorés lors des deux prochaines années académiques, notamment sur le plan technique. Les personnes intéressées de suivre l’évolution du projet peuvent me contacter à l’adresse suivante g.poupart@ilot.be.
    Bien à vous
    Gilles Poupart, chargé de projet cellule « Capteur et Créateurs Logement », L’Ilot asbl

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